Air du Doudou

El Doudou, c'est l'hymne officiel de la Ducasse. Pour ceux qui auraient oublié, ou pour ceux qui souhaitent participer activement à l'ambiance, voici les paroles dans leur intégralité: 


"El Doudou"

 

1. Nos irons vir l'car d'or

A l'procession de Mon

Ce s'ra l'poupée St Georg'

Qui no' suivra de long 

(Refrain après chaque couplet)

C'est l'doudou c'est l'mama

C'est l'poupée, poupée, poupée

C'est l'doudou, c'est l'mama

C'est l'poupée St Georg' qui va

Les gins du rempart riront comm' des kiards

Dé vir tant de carottes

Les gins du culot riront comm' des sots

Dé vir tant de carot' à leu' pots 

2. El' Vieill' Matant' Magu'ritte

Trousse ses falbalas

Pou fair' boulli l'marmite

Et cuir'ses biaux p'tits pois. 

3. Les Dames du chapitre

N'auront pas du gambon,

Parce qu'ell' n'ont pas fait

El tour d'el procession 

4. Voici l'dragon qui vient!

Ma mère sauvons nous!

Il a mordu grand'mère,

I' vos mordra itou 

5. V'là qu'el Lum'çon commence

Au son du carillon

Saint Georg' avec sa lance

Va combat' el dragon 

6. Dragon, sauvag' et diabes,

Saint Georg' éié chinchins

Ess' tourpin dédins l'sabe…

On tir', c'est l'grand moumint. 

7. V'là l' dragon qui trépasse

In v'là co pou in an;

Asteur faisons ducasse

A tabe mes infants. 

 

Sens caché des paroles
Tentative de traduction sémantique de la chanson "El Doudou"

 
Le terme " Doudou "
L'interprétation admise a longtemps été celle de Devilliers et Hachez (fin XIXe siècle), pour lesquels le mot doudou signifiait le doux Jésus, le mot mama la madone, et l'poupée saint Georges une statuette du saint. Version peu plausible et abandonnée aujourd'hui. Cela faisait référence à une ancienne coutume des chevaliers portant une statuette de la vierge sur l'arçon de leur selle.
Pour Paul Heupgen (1936), le mot doudou représente en fait le dragon, lequel joue donc le rôle principal.
 
Le terme " mama "
Au Moyen Age, pour qualifier tout ce qui tenait de l'idolâtrie, on utilisait les termes anciens: mahomerie ou mahometerie. Le mot mahomet s'appliquait à une idole.
Au cours de la représentation célèbre du Mystère de la Passion à Mons, en 1501, on utilisa une effigie faite d'une boîte et d'un tilleul (une ébauche de dragon ? avec le corps et la queue !) pour représenter un " mahomet ", à savoir une idole. Les Montois sont donc familiers du terme mahomet.
Dès lors, comme le refrain du " Doudou " est une musique au rythme simple et répétitif, il paraît naturel de voir le mot mahomet suivre un procédé de formation de mot enfantine, de redoublement de la première syllabe : mama !. Les "beubeux" doivent d'ailleurs leur nom à un procédé similaire.
Le mahomet est donc associé aux symboles de l'idolâtrie. L'utilisation de son diminutif mama pour qualifier un dragon est parfaitement plausible. Ainsi, mama serait synonyme de doudou !
 
Le terme " poupée "
En montois, la préposition d'appartenance est généralement supprimée. L'expression poupée Saint-Georges peut signifier poupée représentant le saint (Devillers et Hachez, fin 19e).
Elle peut aussi signifier poupée ayant un rapport quelconque avec saint Georges mais ne le représentant pas. Dans ce cas, quel est le sens exact ? C'est assez hypothétique. Autrefois, on appelait poupée une cible comme celle utilisée dans les tirs des confréries (dont celle de saint Georges), un oiseau en quelque sorte. Le dragon est aussi la cible, symbolique, des entreprises de saint Georges. Et le refrain pourrait alors avoir vu le jour au cours de ces séances de tir…
Autres explications possibles : la poupée serait une statuette représentant le saint, la vierge ou… une pucelette. Ou alors carrément un "petit dragon" porté au bout d'une perche comme dans d'autres processions en Europe. Porté comme une cible, comme un trophée aimée de la foule. Ou encore serait-ce le dragon traditionnel ?
On peut envisager que ce terme ait été créé pour remplacer un fredon ("tralalalalalala") suivant " C'est l'doudou, c'est l'mama ". Ce terme aurait donc pour ambition première de coller à la musique et n'aurait aucun rapport avec les origines du combat.
 
Kiards et carottes
"Les gens du rempart riront comme des kiards… les gens du culot riront comme des sots..."
"Kiards =… chieurs". La phrase fait allusion à la rivalité, très fréquente, entre les gens des hauts quartiers (les remparts) et ceux des quartiers périphériques (du culot).
Quant aux carottes et aux petits pois de "Ma tante Marguerite"… c'est encore un mystère…
 
Premier couplet
Doudou, mama et poupée Saint-Georges pourraient donc désigner tous trois le dragon. Dans cette, hypothèse, le sens du premier couplet coule de source. " Nos irons vir l'Car d'Or à l'procession de Mon, ce s'ra l'poupée Saint-Georges qui nos suivra de long " serait le description redondante du dragon. Aux siècles passés, les gens suivaient le Car d'Or et se retrouvaient "coincés" entre le Car d'Or et le groupe du Lumeçon, lequel commençait à se détacher de la Procession. Le couplet serait contemporain de ce moment.
 
Couplet sur les chanoinesses
En 1674-1675, les chanoinesses décident de réduire l'itinéraire de la procession et donc de ne pas faire " el tour d'el procession…". Cela inspira le couplet "Les Dames du Chapitre n'auront pas du gambon…" au curé du Béguinage Gérard Buseau, devenu le 3e couplet du Doudou.
Froissées, les chanoinesses intentèrent un procès au mayeur, partisan (comme beaucoup d'autres) du Grand Tour, mais qui n'était pour rien dans l'écriture de la chanson. Le couplet est toujours chanté aujourd'hui.
 
Derniers couplets
Les 3 (ou 4) derniers couplets furent intégrés au XIXe siècle par Frédéric VanderLinden, un auteur et peintre montois. Ils sont d'ailleurs beaucoup moins " mystérieux " et plus descriptifs, facilement et littéralement traduisibles.
 
La chanson
On se demande si Gérard Buseau, curé du Béguinage depuis 1654, ne serait pas l'auteur de toute la chanson du Doudou. L'optique serait alors de condamner d'anciens rites réprouvés avant d'être assimilés à la légende de saint Georges. Il est en tout cas l'auteur de quelques couplets satiriques sur les chanoinesses.
 
Pour qu'elle soit acceptée par la foule, il devait reprendre une ritournelle fredonnée depuis un certain temps par les suiveurs de la procession, qui précédaient le dragon. Le Doudou pourrait être le résultat d'une création populaire, spontanée, accidentelle, cherchant à mouler sur une musique préexistante (marche ou danse d'accompagnement) des paroles simples rappelant familièrement le " jeu de saint Georges ", dans la seconde moitié du XVIIe siècle.
 
Les origines du refrain du Doudou ne sont donc pas aisées à établir. Mais l'hypothèse la plus plausible est que le Doudou évoque le personnage central du Lumeçon : le dragon, qualifié tour à tour de monstre fantastique (l'doudou), d'objet d'idolâtrie (l'mama), de cible de saint Georges (l'poupée Saint-Georges), soit un résumé des stades par lesquels la symbolique du combat serait passée du XIVe au XVIIe siècle.
 
Rédigé par Fabrice Levêque, sur base des sources principales suivantes:
- ACAM t. 76 p. 451 à 464: "Réflexions sur le mot Mama dans le refrain du doudou". Baudouin CLERFAYT
- PETIT Karl "La ducasse de Mons" imprimerie de la Fédération du Tourisme de la Province du Hainaut, 31, rue des Clercs, Mons. 1984.
- MEURANT René in "Le Lumeçon" Crédit Communal de Belgique, 1967.