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Descente de la châsse de sainte Waudru

Samedi 20h00, Collégiale Sainte-Waudru

Ou la refondation de la cité

La cérémonie de "la Descente de la châsse" marque l'ouverture officielle de la Ducasse rituelle. Elle se déroule en la collégiale Sainte-Waudru, au cours d'une cérémonie aussi solennelle qu'émouvante.

La " Descente de la Châsse " est donc une cérémonie solennelle au cours de laquelle la châsse renfermant le corps de sainte Waudru est descendue d'au-dessus du maître-autel et processionnée avec le Chef (reliquaire contenant la tête) pour être déposés à la croisée du transept avant que les restes sacrés soient confiés par l'autorité religieuse (pouvoir spirituel) aux représentants de l'autorité civile (pouvoir temporel) qui en assurera la protection hors de l'église, pendant la Procession du dimanche matin.

Au son des grandes orgues, des trompettes et des timbales et magnifiée par le chant d'un chœur imposant, la " Descente de la Châsse " voit s'avancer à trois reprises un cortège de plus de deux cents participants aux costumes chatoyants: massiers, suisse, acolytes, pages de Roland de Lassus, chanoinesses (en costume de chœur du XVIe siècle), chanoines de Saint-Germain, porteurs des reliquaires, hallebardiers, clergé en aube et en ornements dorés. 

Lorsque, annonçant la fin de la cérémonie, éclate l'air du Doudou scandé par des milliers de mains, plus personne ne peut douter que la fête a vraiment commencé. Des milliers de mains, avant de quitter la collégiale, viendront toucher les reliquaires afin de marquer leur attachement à celle par qui tout a commencé, de s'attirer sa protection, ou simplement de s'enraciner dans un rite multiséculaire.

La collégiale du chapitre …

C'est au milieu du XVe siècle que les chanoinesses, issues de la noblesse (elles n'étaient donc pas des religieuses) et qui avaient relayé les membres de la communauté religieuse fondée au VIIe siècle par sainte Waudru, ont décidé la construction d'une nouvelle église, plus conforme aux goûts du temps que leur ancienne église romane qui datait de 1169. 

Après de nombreux voyages d'études, elles choisirent de faire bâtir, à leurs frais, un édifice de style gothique brabançon. Les travaux s'échelonnèrent sur près de deux siècles (pose de la première pierre en 1450, fin du chœur en 1506, fin du transept en 1527, fin de la nef en 1621). Elles avaient aussi conçu le projet, démesuré, d'une tour immense - elle aurait atteint 190 mètres - en façade occidentale. Pour diverses raisons (financières surtout, protocolaires aussi, …) la tour ne sera jamais achevée (on arrête les travaux en 1686) mais elle donnera naissance à un dicton populaire utilisé pour parler de travaux dont on ne voit pas le terme : "C'est comme la tour de Sainte-Waudru, on n'en verra jamais le bout".

Cette église, leur église, les chanoinesses en confieront la décoration à de nombreux artistes dont le plus célèbre est Jacques Du Broeucq (+/- 1505-1584), le plus grand artiste de la Renaissance au Nord de la Loire. Cet exceptionnel artiste réalisera (1535-1548) pour les " Dames du chapitre " (titre qu'elles ne porteront qu'à partir de 1760) le jubé situé à l'entrée du chœur. Sur celui-ci, l'artiste avait sculpté, en albâtre, des bas-reliefs relatant des scènes de la Passion du Christ et des statues que l'on peut encore admirer de nos jours en la collégiale. 

La collégiale restera église du chapitre et paroisse privée de quelques personnes (les nobles résidant à Mons, leur personnel, les nobles de passage) jusqu'à la Révolution française. Les paroisses de Mons étaient alors : Saint-Germain (la paroisse mère de la Ville), le Béguinage (paroisse dépendant directement du chapitre de Sainte-Waudru), Saint-Nicolas-en-Bertaimont (aujourd'hui Notre-Dame-de-Messines), Saint-Nicolas-en-Havré et Sainte-Elisabeth.

… et celle de la paroisse …

 

 Quand les problèmes nés de la Révolution française furent apaisés, la collégiale fut restituée au culte (1802). Le dernier Doyen du chapitre de Saint-Germain et le dernier curé de la paroisse Saint-Germain présidèrent alors alternativement les offices en la collégiale Sainte-Waudru jusqu'à la nomination du premier curé de la nouvelle paroisse, érigée par décret de l'évêque de Tournai, Monseigneur François-Joseph Hirn, le 16 octobre 1803. L'évêque y désignait comme curé-doyen de Sainte-Waudru l'abbé Jean-Baptiste Deruesne, un prêtre né à Valenciennes le premier septembre 1751.

Si la date de naissance de la paroisse est bien le 16 octobre 1803, c'est seulement le 12 août 1804 que les paroissiens connaîtront enfin le sentiment paroissial. En effet, ce jour-là, les reliques de sainte Waudru, que les chanoinesses avaient eu la sagesse de mettre en sécurité à Liège (le chef) et à Rattingen (le corps), furent restituées à la collégiale montoise et replacées au-dessus du maître-autel où elles se trouvent toujours aujourd'hui. Sur un des cartouches du Car d'Or figure cette inscription: "SANCTA WALDETRUDIS NO VENNIO PROFUGA EX RATTINGEN SACRIS SIBI AEDIBUS RESTITUTA". Les lettres majuscules sont peintes en rouge et en les additionnant, on obtient... 1803, soit l'année de retour des reliques de sainte Waudru à Mons.

Avant de parler de la cérémonie de la descente de la châsse, signalons encore que les restes de sainte Waudru furent authentifiés à trois reprises : 1803, 1887 et 1997. Grâce à la dernière reconnaissance en date, nous savons que les restes vénérés dans la châsse sont bien ceux d'une femme qui vivait au VIIe siècle. Nous avons aussi découvert les linceuls utilisés lors des translations de 1157, 1313 et 1803. Ces trois œuvres ont été entièrement et patiemment restaurées et étudiées par l'Institut Royal du Patrimoine Artistique à Bruxelles (IRPA) et sont progressivement visibles au Trésor de la collégiale.

L’actuelle châsse de sainte Waudru date de 1887. Elle est l’œuvre d’un orfèvre liégeois, I. Wilmotte, qui l’a réalisée d’après les dessins du baron Béthune. Elle affecte la forme d’une église en croix latine. Sur les pignons se trouvent les représentations du Christ Sauveur et de la Vierge à l’Enfant. Sur les grandes faces, d’un côté « Sainte Waudru et ses filles », de l’autre « Saint-Vincent et ses fils ». Les autres personnages représentés sont onze apôtres et Saint-Paul.