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Le Combat dit Lumeçon

Un preux chevalier, Saint-Georges, qui combat un monstre horrible, le Dragon, dans une arène de sable au beau milieu de la Grand-Place de Mons, chaque année le dimanche de la Trinité, en présence d'une foule énorme et enthousiaste: en quelques mots, c'est cela le Combat dit Lumeçon. Mais ce moment exceptionnel recèle tant de significations et de ramifications qu'on ne pourrait prétendre en tracer tous les contours en quelques pages web. C'est pourquoi cette rubrique est en constante évolution, et propose également des notes scientifiques ou historiques complémentaires.

Un rituel et un scénario minutieux

Précédé la veille de la "Descente de châsse" et le matin même de la "Procession du Car d'Or" - laquelle se termine par la "Montée du Car d'Or", le "Combat dit Lumeçon" se déroule immédiatement après, sur la Grand-Place, vers 12h30…

Dans une des versions précédentes du Lumeçon, Saint-Georges, héros " solaire ", devait exterminer le Dragon, alors symbole du Mal. Grâce à la lumière, au rayon solaire (le manche jaune), le saint tuait le Dragon par la pointe de la lance (le rouge du sang répandu). Le samedi, le rappel de cette version (et donc de l'évolution du Lumeçon et de son sens) est souligné par le fait que Saint-Georges porte une telle lance, laquelle est remise à l'Echevin des Fêtes avant la "Répétition" (en fait un rituel d'intronisation de Saint-Georges et des personnages du Lumeçon).

Le dimanche, l'Echevin des Fêtes descend la rue des Clercs avec la dite lance à pointe rouge. Le doyen des Echevins des fêtes descend avec une lance à pointe jaune. En arrivant dans l'arène, l'Echevin des Fêtes et le doyen des Echevins des Fêtes échangent leurs lances. En reprenant la lance à pointe rouge et en confiant la lance à pointe jaune à l'Echevin, le doyen des Echevins des Fêtes symbolise l'une des inversions qui constituent la base de la dramaturgie du Lumeçon. L'ancienne signification est dépassée. Le doyen des Echevins des Fêtes, en confiant la lance actuelle à l'Echevin des Fêtes, achève de " manifester " l'évolution du rituel. Plus tard, l'Echevin des Fêtes, en présentant les pistolets à Poliade, achèvera de " marquer " l'évolution du Lumeçon vers son sens actuel…

Descente de la rue des Clercs

Vers 12h25: les cloches de Sainte-Waudru sonnent et le carillon du Beffroi entame l'air du Doudou. L'Echevin des Fêtes lève le bras ! C'est le signal qu'attendent les Pompiers pour tirer leur première salve. Cette fois ça y est: les personnages prennent vie. La Musique, installée sur le kiosque, à même la Grand-Place, fera de même sans discontinuer jusqu'à la fin du combat. Posé au chevet de la Collégiale, le Dragon attend que le Car d'Or soit rentré dans cette dernière. Débute alors la descente de la rue des Clercs, rue que le cortège emprunte pour rejoindre la Grand-Place, où se déroule le Combat, précisément dans une arène dressée face à l'Hôtel de Ville.

Porté par les Hommes blancs et les Hommes de Feuilles, le Dragon suit de loin son futur adversaire. Saint-Georges "amène" donc le Dragon sur la Grand-Place, alors que la logique aurait au contraire voulu qu'il le pourchasse. C'est le seul déplacement rituel où Saint-Georges précède le Dragon. Derrière le monstre, qui ferme le cortège, une double rangée de Policiers tente vaille que vaille de retenir une foule en délire. Les mieux placés savent qu'ils seront à la corde une fois tous les acteurs entrés dans l'arène. La marche est lente, trop lente peut-être au goût du Dragon. Arrivé au croisement de la rue de la Poterie, il va s'énerver. Il donne son premier coup de queue, un premier faux coup de queue en réalité. En pratique, le Dragon donnera plusieurs  faux coups de queue au cours de sa marche vers l'arène de la Grand-Place. Quasi en même temps, les Pompiers, qui viennent d'entrer sur la Grand-Place, tirent une nouvelle salve d'honneur. La foule massée sait alors que les acteurs vont arriver. Le cortège progresse, la foule frémit. Au bas de la rue des Clercs, le Dragon ne se sent plus. Il veut commencer la lutte. Mais Saint-Georges n'est pas encore prêt. Le Dragon pivote sur lui-même, donnant au passage un coup de queue décidé dans les ballons multicolores d'un marchand imprudent (mais complice!), les faisant s'envoler.

Un Combat au "désordre organisé"

Le cortège progresse. Les Pompiers se sont séparés en deux pelotons. Ils accompagneront le Combat de nombreuses salves d'honneur. Les musiciens se placent sur le kiosque. La lutte entre Saint-Georges et le Dragon va alors vraiment commencer. Les premiers à entrer dans l'arène, en faisant de nombreux "cumulets", sont les Diables. Les Chin-Chins les suivent en saluant respectueusement le public. Ils forment ensuite une haie d'honneur pour l'entrée de Saint-Georges, toujours accompagné de son guide et protecteur. Il s'élance dans le "rond" muni d'une lance que, symboliquement, vient de lui remettre le Président de la Procession du Car d'Or, en échange de celle qu'il portait pendant la Procession. C'est alors au tour du Dragon de faire son entrée. La lutte est désormais ouverte.

Contrairement à ce qu'un spectateur non-averti pourrait croire, ce "désordre" est en réalité très organisé. Arrivés dans l'arène, Saint-Georges, guidé à sa droite par le Chin-Chin protecteur, "tourne" dans le sens des aiguilles d'une montre et le Dragon, porté par 11 Hommes blancs et soutenu au niveau de la queue par 8 Hommes de Feuilles (armés d'une massue), "tourne" en sens inverse. Les 11 Diables (armés de leur vessie) et les 12 Chin-Chins (à l'aide de leur carcasse) luttent entre eux, mais aussi taquinent, défient le public-participant, situé autour de la "corde". Le Dragon, quant à lui, engage la lutte en renversant d'emblée tous les Chin-Chins. Il distille des coups de queue au public-participant qui tente d'en arracher le crin porte-bonheur. Par un mouvement circulaire, cette dernière pénètre dans la masse des spectateurs, qui se ruent sur le crin, l’arrachant par poignées et s’y accrochant désespérément. Les Hommes blancs et les Hommes de Feuilles ont fort à faire pour dégager l'appendice de la bête et lui permettre de continuer ainsi le Combat. C'est le moment le plus fort et le plus attendu par le public.

Saint-Georges combat d'abord à la lance et au sabre. A 3 reprises et dans cet ordre :

  • Il brise sa lance sur la queue du Dragon (bris de lance).
  • Il tente vainement avec son sabre de ramener le Dragon dans le droit chemin en posant la queue de celui-ci sur le pommeau de la selle de son cheval et en le faisant "tourner" dans le sens des aiguilles d'une montre (phase dite du "pommeau").
  • Il est réarmé (lance) par le Chin-Chin Protecteur (phase dite de la "remise de lance").
  • Le Dragon, énervé, renverse les Chin-Chins (phase dite du "renversement des Chin-Chins"). 

Le chant du Dragon

Si le Dragon jouit auprès des Montois d’une popularité extraordinaire, sa défaite n’en est pas moins inéluctable. Saint-Georges casse d'abord sa lance sur la queue du Dragon. Il continuera au sabre, pour un résultat semblable, puis reprendra une nouvelle lance avant d'utiliser une 3e arme... un pistolet, qui lui est remis par un Policier. C'est le début de la phase finale du Combat.

La première tentative échoue (le pistolet s'enraie). La deuxième réussit: le coup de pistolet part mais ne permet pas de venir à bout du Dragon. La "biète" est blessée. Avant l'ultime coup de feu, le saint ne fait qu'un avec le public-participant. Il les salue de son pistolet, à l'aide d'une main désormais denudée de son gant. Le 3e coup permet à Saint-Georges de terrasser le Dragon. La bête s'effondre. C'est le chant du cygne pour le Dragon, la fin du Combat. Les personnages du Lumeçon rentrent à l'Hôtel de Ville. Plus que la victoire du Bien contre le Mal, ce Jeu rituel dégage un sentiment puissant de réconciliation: celle de tous les Montois, celle de tous les êtres.

Et les Montois ne périront pas !

13 heures sonnent au carillon de l'Hôtel de Ville: le Combat est fini et ses acteurs se réfugient dans la cour d'honneur, tandis que la foule envahit l'arène, à la recherche du crin porte-bonheur et autres trophées aux mêmes vertus... Et la foule d'entoner: "Et les Montois ne périront pas...". Le chant n'est pas innocent.
Le destin de la Cité est pérennisé.